Tags

, , , , , , , ,

1999,  Oulan-Bator, plus un billet d’avion, peu d’argent à peine de quoi payer un voyage…Où aller?  La France pour voir mon époux ou Tel Aviv pour voir le Vieux Chêne? Je regarde le ciel, et je me décide: je partirai voir le vieil homme, mon père. Je lui envoie un télégramme. Arrivée, il est là, il m’attend à l’aéroport. Nous partons, ensemble, vers la maison où j’ai grandi. Nous nous regardons en silence. Arrivée à la maison, une douche, quelques shekelim retrouvés, je l’invite au restaurant. Nous descendons vers Jaffa. Un repas en silence, nos regards se suffisent, ils disent plus que des mots…

Retour à la maison, nous passons par le bord de mer, là, il s’arrête, nous nous arrêtons. Il me montre les étoiles avec un sourire, me raconte une histoire sur une étoile, puis nous descendons vers la plage, à avoir les pieds dans l’eau. Nous regardons vers l’ouest lointain d’où ma mère vint. Les larmes coulent sur nos visages. Nous nous taisons, nous regardons vers l’Ouest lointain, les larmes coulent, Shéol n’ouvre jamais ses portes. Puis dans le silence de la nuit, la voix du Rav s’élève, il récite des vers de sa composition. Je l’écoute, je le regarde, je redeviens quelques instants la petite fille innocente.

Nous rentrons, bras dessus, bras dessous. Il me parle de sa vie, de poésie, me conte des histoires, nous prenons des chemins détournés pour que le plaisir dure. Je lui parle de ma vie, de contrées étranges, nous cheminons lentement, le monde est à nous, nous sommes seuls au monde, nous sommes ensemble.

La maison est déjà là, trop tôt…pour que le bonheur vive tout au long de la nuit, nous nous installons sur la terrasse avec du thé, il dit des poèmes, j’improvise des airs de violons…

Ô combien de ces moments avons-nous volé à la vie!

Shéol l’a avalé à son tour, je suis là seule dans cette maison où je le retrouve à chaque pas. Ouvrir une porte, et s’il était là avec son regard moqueur? … mais l’illusion est chaque fois déçue. Shéol ne rend personne. Je le cherche sans fin, je voudrais qu’il soit là, je voudrais qu’il connaisse la Princesse, il serait si heureux…mais il n’est plus là.