Tags

,

J’avais seize ans. Les ans ont passés. Je conserve intact le souvenir de cette nuit où il me conduisit au bord de la mer, me fit asseoir et commença à entonner, non à chanter, je n’ai jamais vraiment su :

L’HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets;
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abimes;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voila des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, O frères implacables!

Charles Baudelaire

Les mots, les sons pénétrèrent mon corps, mon âme. Les années passant, le sens m’apparut pleinement. La vie, les évènements m’enseignèrent la profonde sagesse de ces vers. Lorsque je les relis, revit en moi cette nuit magique. L’émotion m’en saisit encore. Mais je ne sais la transcrire, sauf en musique.